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MAPPAMUNDI, art et cartographie

MONSAINGEON Guillaume, MAPPAMUNDI, art et cartographie, Editions Parenthèses, 2013
Edité à l'occasion de l'exposition "MAPPAMUNDI, art et cartographie" à l'Hôtel des Arts de Toulon du 16 mars au 12 mai 2013

 

Mappamundi couv recto             Mappamundi couv verso

Quelques notes de travail

p20 : Il se pourrait que la relation entre beauté et cartographie soit biaisée par la question classique du statut de l'auteur. Toute carte tend à renvoyer à un espace ou une réalité extèrieure qu'elle représenterait au plus près. Dans ce mouvement "centrifuge", l'œil du lecteur se trouve emporté, capté, soustrait en quelque sorte à la carte elle-même. L'auteur de la carte fait les frais de cette échappée figurative, et la carte se trouve reconduite à la situation d'une pratique sans auteur ni signataire. Beaucoup l'ont noté : la carte naturalise, éclipse l'auteur et le processus de construction. Elle y perd aussi son statut d'objet artistique. Et de fait, le mouvement de réappropriation de la cartographie par les artistes correspond bel et bien à celui d'une personnalisation et d'une réappropriation "en nom propre" de ce champ d'action.

p38 : Derrière l'apparente vanité du débat érudit se cache une réflexion sur le statut même de la pratique cartographique : s'agit-il d'une démarche analogique fondée sur la visée d'une continuité entre le monde et sa représentation, la carte étant alors un prolongement du paysage ? S'agit-il au contraire d'une pratique de rupture avec la réalité environnante, au profit d'un système de signes destinés à être lus et décryptés plus que regardés ?

p40 : Toute carte est l!ée au projet de rendre visible l'invisible. Fiable ou pas, trompeuse ou imprécise, l'information donne toujours forme et figure à une réalité parfois très abstraite.

p44 : C'est ce que souligne Richard Long pour qui elle [la carte] est "une combinaison artistique  et poétique d'image et de langage" [...]

p50 : La carte est un merveilleux outil de science-fiction. Rien en elle ne garantit qu'elle donne à voir une situation actuelle. Il est aussi facile de representer le virtuel,une situation historiquement datée , ou la projection d'un futur possible : aucune de ces cartes n'a plus de réalité qu'une autre, seul change leur rapport au réel instantané.

p54 : C'est la figure géométrique qui témoigne de la présence humaine. La ligne géométrique, source de figures reconnues, est la plus fiable des marques humaines. En ce sens, il n'y a rien d'étonnant à voir Carl Schmitt souligner à quel point la ligne reste, plus que le point ou la surface, le geste cartographique fondamental.

p56 : D'ailleurs, une autre oeuvre de Jeremy Wood intitulée My Ghost est constituée de plus de dix années d'allers et venues dans la ville de Londres : ces lignes en apparences erratiques ou arbitraires révèlent en réalité non seulement des usages personnels de la ville, mais aussi une forme de psychogéographie et peut-être un portrait de la ville : les lignes, comme à l'accoutumée, produisent l'espace plus qu'elles ne s'inscrivent en lui.

p56 : L'atlas est la forme moderne donnée à la codification livresque du monde.

p58 : A la lumière de Walter Benjamin d'une part, du Bilderatlas conçu par Warburg d'autre part, Georges Didi-Huberman relit la forme même de tout atlas, dans laquelle il voit une force d'intelligibilité, un tissage entre des images oubliées ou négligées : l'atlas n'est plus seulement un livre, il devient le livre constitutif qu'il faudrait consulter sans relâche pour tenter de comprendre le monde. En réalité, ce que l'atlas gagne en extension, jusqu'à devenir tout un ensemble de collections produisant un montage, il le perd en compréhension, sa dimension cartographique disparaissant presque totalement [...]

p86 : Pourtant, la carte est profondément artistique dans la mesure où elle donne une forme (ici visuelle) à des concepts. Peu importe que cette information soit exacte, précise ou erronée : la carte révèle, elle rend visible, bien ou mal, et prépare les étapes de son futur dépassement. (au sujet du travail de Cristina Lucas)

p126 : Cette carte n'est pas faite pour retrouver son chemin, mais pour le perdre, et pour s'assurer qu'en le perdant on s'est rendu disponible au monde et à ses interstices. (au sujet de Territoire actuel, 1995 de Stalker)

p132 : L'utopie, devenue nom commun, indique le lieu qui ne peut et ne pourra jamais exister -donc le lieu qui s'avère plus nécéssaire que jamais pour nous guider, nous orienter, et nous diriger vers un monde peut-être inexistant ou inaccessible, mais qui donnerait du sens au nôtre.